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← Table & RituelsArticle de couverture · Recherche documentaire · 1er novembre 2026

Un géant endormi s’éveille

Une institution italienne revient, le dîner retrouve son éclat et Tanger recommence à ressembler à une invitation. Du Palazzo d’Italia ressuscité aux déjeuners de poisson et aux terrasses de jardin, une ville à la réputation délicieusement fantasque écrit son prochain chapitre.

Le Café Tingis sur le Petit Socco, à Tanger, animé la nuit
Café Tingis, Petit Socco, Tanger · Photographié le 17 décembre 2019.Nicolas Vigier / Wikimedia Commons · CC0
BISOUS À VOUS · NOTE ÉDITORIALE

Tanger a passé assez de temps à être décrite au passé. Les fêtes, les écrivains, les indiscrétions ; le charme dangereux et ceux qui venaient le chercher. Par moments, la légende a semblé plus animée que le présent. Il y a désormais de nouvelles raisons de s’attabler.

Le géant endormi s’éveille. Dans ses restaurants, les signes prennent des formes diverses : une vieille adresse italienne qui rouvre avec un nouvel élan, un jardin devenu destination pour dîner, des ingrédients marocains familiers à la rencontre d’un appétit plus international. Tanger donne à ses admirateurs de quoi parler, au-delà de ceux qui y vivaient autrefois.

Cela ne veut pas dire que toute la ville avait cessé de bien manger pendant que le monde regardait ailleurs. Ses marchés, ses cuisines familiales et ses restaurants de poisson ont une vie indépendante des modes internationales. Ce qui revient, c’est une certaine électricité sociale : la promesse qu’un dîner peut mener quelque part, qu’une adresse peut devenir une occasion, que la soirée n’a pas à finir avec le dessert.

L’italien reprend vie

La véranda restaurée du restaurant du Palazzo d’Italia, à Tanger
La véranda restaurée du Palazzo d’Italia · Financial Times, octobre 2026.Boz Gagovski / Financial Times · Droits réservés par le titulaire
Paccheri aux tomates et sauce aux fruits de mer au Palazzo d’Italia
Paccheri, tomates et sauce aux fruits de mer au Palazzo d’Italia · Financial Times, octobre 2026.Boz Gagovski / Financial Times · Droits réservés par le titulaire

L’emblème le plus net est la Casa d’Italia, relancée sous le nom de Palazzo d’Italia. Dans un article du 20 octobre 2026, le Financial Times a décrit sa réouverture après huit mois de rénovation sous la conduite de l’exploitant d’origine italienne Luca Ravera, ancien directeur de la Villa Mabrouka. Voici un classique à qui l’on offre un nouvel acte.

Son cadre est le palais Moulay Hafid, et son histoire de restaurant remonte aux années 1950, lorsqu’il servait de cantine et de club social à la communauté italienne. Avec le temps, l’adresse a acquis la familiarité qui fait une institution : on revenait pour le lieu autant que pour le repas. Sa renaissance dispose de quelque chose de plus précieux qu’un nouveau nom à la mode.

La carte renouvelée de Ravera comprend des paccheri aux fruits de mer, une côte de veau surdimensionnée, des pizzas et du tiramisu, avec Negroni et Campari Spritz au bar. Ces plats ont été rapportés lors de la relance ; les cartes évolueront. Le changement important, c’est l’ambition. Une vieille adresse aimée demande à être de nouveau prise au sérieux.

C’est une évolution plutôt réjouissante. Les villes ont besoin d’endroits où la mémoire peut s’asseoir à table sans être autorisée à diriger la cuisine. Le Palazzo d’Italia offre un point de départ convaincant pour le prochain chapitre de Tanger : assez familier pour compter, assez renouvelé pour éveiller la curiosité.

La mer n’a jamais passé de mode

Pour le contrepoint, tournez-vous vers Le Saveur du Poisson, près de l’ancien Marché Central. Condé Nast Traveler décrit les marches, l’ail et les légumes à l’entrée, puis la succession de plats de la mer qui suit le pain, les olives et la harissa. Voici un restaurant qui a une idée claire de ce que doit être un déjeuner.

Sa place dans ce récit compte. La culture culinaire d’une ville ne se mesure pas seulement aux nouvelles salles et aux ouvertures d’hôtels. Le déjeuner de poisson établi appartient au même portrait que l’institution restaurée. L’un apporte la continuité ; l’autre une nouvelle raison de faire des projets. Une scène vivante a besoin des deux.

Le dîner s’habille

Dans la Kasbah, El Morocco Club offre un autre registre. Le récit d’Andrew Harper de février 2025 décrit des banquettes de cuir rouge et un dîner qui franchissait les frontières sans grande cérémonie : taktouka à la burrata, bœuf sauce béarnaise, poisson et risotto au safran. Un chardonnay marocain du Château Roslane était aussi de la partie.

Il y a du plaisir dans cette aisance. Tanger n’a pas à prouver ses lettres de noblesse cosmopolites à chaque bouchée. Une préparation de légumes locale et un fromage italien peuvent partager une assiette. Un vin marocain peut être la bouteille qui lance la conversation suivante. Pour un magazine qui s’intéresse aux vins du pays, c’est un fil qui mérite d’être suivi.

Le même article de Harper se dirige vers le front de mer, au Nono Sea Taste, où une ardoise de suggestions de la mer élargissait les possibilités au-delà de la carte imprimée. Le critique a distingué les raviolis de homard. C’est un rappel utile que l’appétit de la ville dépasse le raccourci familier des tajines, du poisson grillé et des salles à la française. Ce sont des observations datées, non une garantie des plats de ce soir.

Un jardin, une terrasse, une heure de plus

La salle à manger de la Villa Mabrouka, à Tanger
La salle à manger de la Villa Mabrouka · Page officielle du restaurant.Villa Mabrouka / page officielle du restaurant (photographe non confirmé) · Droits réservés par le titulaire

À la Villa Mabrouka, le cadre invite à un autre rythme. L’Orangerie fait face au jardin et à la mer ; à l’intérieur, miroirs et bambou encadrent la salle à manger. L’hôtel décrit une cuisine méditerranéenne de saison, avec du poisson servi grillé, en fritto misto ou dans un bouillon façon bouillabaisse. Ici, le long déjeuner et le dîner habillé partagent la même adresse.

Son pas de côté italien est Luca’s Terrazza, qui sert des pizzas à la romaine sorties d’un four à bois au-dessus de la mer. C’est un lieu distinct du Palazzo d’Italia. Il est aussi saisonnier : la période d’ouverture annoncée va d’avril à octobre, si bien que les lecteurs de novembre devraient se renseigner plutôt que d’arriver en espérant une table. Les réservations à l’avance sont demandées pour le restaurant et le bar.

Ensemble, ces adresses offrent plus qu’une liste d’endroits où manger. Elles suggèrent une ville qui retrouve l’envie d’être un endroit où aller. L’institution italienne restaurée, le déjeuner de poisson fidèle, le dîner dans la Kasbah et la terrasse du jardin créent chacun une occasion différente.

L’épreuve de ce renouveau sera la place qu’il laisse à la ville qui l’entoure : aux cuisiniers et producteurs marocains, aux commerces de quartier et aux habitués, aux côtés des nouveaux venus. Le glamour peut attirer l’attention. Ceux qui reviennent sans cesse donnent sa vie à une scène.

Pour l’heure, il y a quelque chose à célébrer. La réputation enjouée et un peu inconvenante de Tanger a porté un lourd poids de nostalgie. Sa prochaine soirée mérite d’être jugée sur ce qui se passe maintenant. Commencez par l’italien. Gardez du temps pour le poisson. Et essayez de ne pas trop prévoir la suite.

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