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Laisser filer l’après-midi.

Une vue depuis le Café Hafa, et un essai sur ce que rend possible une table de café.

La mer d’Alboran photographiée depuis le Café Hafa, à Tanger
La mer d’Alboran depuis le Café Hafa, Tanger · Pas la photographie d’un repas ou d’une visite critiquée.Ideophagous / Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0
BISOUS À VOUS · NOTE ÉDITORIALE

La mer de cette photographie est la mer d’Alboran, vue depuis le Café Hafa à Tanger. Voilà ce qu’établit la source de l’image. Elle n’établit ni ce qui a été commandé, ni combien de temps quelqu’un est resté, ni ce qu’a dit un serveur. Nous commençons par la vue parce qu’elle suffit à ouvrir une question : que se passe-t-il quand une table nous autorise à rester au même endroit pendant que le monde continue au-delà ?

Une table de café est un petit dispositif aux possibilités étonnamment vastes. Elle peut accueillir la solitude sans la rendre forcément pesante. Elle peut abriter une conversation qui n’a pas encore trouvé son sujet. Elle offre à un lecteur un endroit où poser son livre, ou à deux amis une raison de se retrouver sans exiger une grande occasion. Ce sont des réflexions sur la forme de la vie de café, non des affirmations sur le comportement de clients particuliers du Hafa.

Le récit de voyage traite souvent le café comme une liste de recommandations. Quelqu’un de célèbre s’est assis ici ; nous devrions donc nous y asseoir aussi. La logique rassure, mais elle peut masquer la valeur ordinaire du lieu. Une table ne devient pas intéressante seulement après qu’un nom célèbre l’a occupée. Ceux qui fréquentent un café régulièrement, qui l’intègrent à une journée de travail ou à une amitié, en savent peut-être plus sur sa vie que n’importe quelle anecdote héritée.

Il y a aussi une différence entre s’attarder et consommer une vue. Une photographie rend un instant accessible à tous ceux qui la regardent. Une table demande du temps. Dans notre lecture éditoriale, la mer offre une interruption utile à l’envie de courir d’un monument à l’autre. Non parce qu’un littoral posséderait un remède magique contre la distraction, mais parce que l’attention a parfois besoin de quelque chose qui refuse d’être réduit à une tâche.

Le plaisir du café n’est pas nécessairement le silence. Il tient peut-être à l’équilibre entre participation et distance : être parmi les autres sans avoir à organiser toute la rencontre. La salle partagée, la terrasse ou le bord du trottoir peuvent permettre à des rythmes différents de coexister. Un magazine attentif à la vie quotidienne doit prendre cette coexistence au sérieux, tout en se souvenant que l’accès, le confort et l’accueil ne peuvent être tenus pour acquis pour chaque lecteur.

Ce texte est un essai, non une critique de café réalisée sur place. Nous ne donnons ni carte, ni prix, ni horaires, ni verdict sur le service. Ces détails exigent leurs propres sources actuelles et leur propre reportage. Ce que la photographie nous offre, c’est un point de vue sur Tanger ; ce que l’essai propose, c’est une manière de l’aborder. Restez avec les possibilités ordinaires d’une table avant de chercher une légende. Une ville n’est pas faite seulement de destinations, mais aussi des intervalles où les gens ont le temps de se familiariser les uns avec les autres.

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